Mahagonny Songspiel
Cantate scénique de Kurt Weill
sur un livret de Bertholt Brecht

 

Der Kaiser von Atlantis
L’Empereur d’Atlantide
Un opéra de Viktor Ullmann
sur un livret de Petr Kien

Direction musicale : Amaury du Closel
Mise en scène : Alita Baldi
Chef de chant : Daniel Navia

Lim Chae Wook : L’Empereur/Bobby
Elsa Lévy : Bubikopf/Jessie
Silvia Vadimova : Le Tambour/Bessie
Roh Hyun Jong : Arlequin/Charlie
Sébastien Obrecht : Le Soldat/Billy
Sébastien Lemoine : La Mort, le Haut-parleur/Jimmy
Ensemble Orfeo 33

Création lumières : Jean-Marie Prouvèze assisté de
Pauline Crenn, Julien Laurenceau, Hélène Davos, Audrey Lanne
Costumes : Thomaz Le Goues assisté de Célia Guillet,
et de Muriel Cahiez, Marion Foare, Sébastien Lenouvel, Camille Villegas
Direction technique : Jean-Christophe Davergne

Remerciements à Frédéric Siard et l’ENSAAMA

Une coproduction :
L’Académie Lyrique
Opéra Nomade
Forum Voix Etouffées
Orfeo33 e.V.
Théâtre de Saint Maur

Spectacle chanté en allemand sous-titré


Mahagonny Songspiel

Mahagonny-Songspiel est une « petite cantate en scène », composée en 1927 par Kurt Weill et Bertolt  Brecht.  L’ouvrage est créé pour la première fois le 17 juillet 1927 à Baden Baden. Brecht met en scène,  Lotte  Lenya  chante  Jessie,  les  décors  sont  de  Caspar  Neher.  La  scène  se  passe  sur  un  ring.  Des  commentaires écrits sont projetés en fond avant chaque nouvelle scène.  Weill  saisit  l’opportunité de  la commande qui  lui est  faite pour écrire  « un exercice de  style », en  préparation d’un plus grand projet, l’expérimental « opéra épique », Grandeur et décadence de la ville de  Mahagonny.   Mahagonny-Songspiel est composé de six airs qui sont devenus autant de succès internationaux : « Auf nach Mahagonny », « Alabama Song », « Wer in  Mahagonny blieb », « Benares Song », « Gott in Mahagonny », « Diese ganze Mahagonny ». 

Weill a été séduit par le travail de Brecht en écoutant à la radio, la pièce Homme pour Homme, écrite en  1927, où Brecht joue déjà sur les distorsions et les brisures. L'œuvre marque l'apparition du théâtre épique  et le compositeur subjugué veut rencontrer l'auteur. De la rencontre Brecht-Weill naissent des œuvres  d'une rare audace artistique, dont le Mahagonny Songspiel. L'étrangeté de la musique de Weill marquée à  la fois par l'influence de Busoni et du jazz, complète admirablement l'ironie insolente des textes de Brecht  et est à l'origine de leur succès.  Dans le contexte de l’entre-deux-guerres, les nouvelles idées artistiques vont bon train. Weill et Brecht,  dans un même élan, veulent bouleverser l’ordre établi afin de toucher un nouveau public qui n’a pas droit  à ce genre de spectacle. Le contenu devient politique afin de provoquer le public pour qu’il ne soit plus  illusionné par ce qu’il voit, et qu’il réagisse.   On ne peut parler de cette œuvre sans citer l’opéra de Kurt Weill : Grandeur et décadence de la ville de  Mahagonny, créé au Neues Theater de Leipzig, le 9 mars 1930 qui est, en fait, l’achèvement de ce qui  était en sorte, sous la forme du Songspiel, un « premier jet ».

L’Empereur d’Atlantide

Der Kaiser von Atlantis est un opéra conçu durant la Seconde Guerre mondiale par Viktor Ullman, derrière les barbelés du camp de transit de Theresienstadt (Terezin) près de Prague. Dans ce camp de concentration, les nazis avaient rassemblé un nombre élevé de musiciens, permettant la création d'une vie musicale de très haute qualité. Vitrine « idéale » et savamment organisée, ce camp fut même l'objet d'un film de propagande censé défendre et illustrer le bon traitement de la population juive. Terezin fut le lieu d'une effervescence artistique véritablement phénoménale.

Même si elle est censée se dérouler dans une contrée légendaire, Der Kaiser von Atlantis est une fable qui se déroule dans un univers chaotique et qui doit être entendue dans son rapport avec l'actualité. Le livret de Petr Kien, autre déporté, ne cesse de faire des allusions aux événements du régime hitlérien sous l'apparence d'un conte de fée et du rêve.

Situé quelque part entre opéra à numéro et cabaret, Der Kaiser von Atlantis vise à l'essentiel. Une musique grinçante s'articule sur de nombreux récitatifs; le style oscille entre Mahler et Weill en passant par la polyphonie et le jazz, soulignant avec fluidité un livret qui tient à la fois du conte philosophique, du pamphlet surréaliste et du théâtre de tréteaux. L'opéra utilise quelques citations, dont le sens ne pouvait échapper au public : le Deutschland über alles exposé en mode mineur quand le Tambour proclame les conquêtes sans fin de l'empereur, le thème du choral luthérien Ein feste Burg dans l'hymne final sous les mots Komm Tod, du unser werter Gast (Viens ô mort, toi notre cher hôte) et le thème récurrent du Hallo, hallo du Haut-parleur est une citation de la Symphonie Asraël de Josek Suk faisant référence à l'Ange de la mort, et utilisé comme symbole par la résistance tchèque à l’envahisseur nazi.

L'œuvre fut longuement répétée au camp de concentration, avant d'être interdite avant sa création. Viktor Ullman et Petr Kien meurent dans la chambre à gaz d'Auschwitz le 18 octobre 1944.

Harlekin (la Vie) et la Mort désespèrent de l'époque qui ne les respecte plus. L'Empereur d'Atlantide déclare une guerre totale entre ses sujets. Furieuse, la Mort brise sa faux: les hommes ne pourront plus mourir. L'Empereur fait annoncer à ses sujets qu'ils lui doivent l'immortalité. La Mort propose de délivrer le peuple si l'Empereur consent à mourir le premier.

MAIS VOUS,  A QUEL MONDE RÊVEZ-VOUS ?

Dans la période sinistre des années 20 à 40, une des plus noires de l’histoire, qui vit la montée, le triomphe et l’effondrement du nazisme, Brecht et Kurt Weill,  Victor Ullmann et Peter Kien créent le « Mahagonny Songspiel » pour les uns et «  L ‘Empereur d’Atlantide » pour les seconds. Ils mettent en scène des mondes féroces qui sont le fruit de l’esprit d’hommes aux pulsions déchaînées. Ce sont des portraits humains au vitriol montrant les plus bas instincts dont les humains sont capables. L’argent, le jeu, l’alcool, la luxure pour le Mahagonny, le pouvoir absolu de vie et de mort sur les êtres dans l’Empereur d’Atlantide.

  Le réalisme et l’illusionnisme d’identification par le théâtre est ici abandonné tant par Brecht et Weill que par Kien et Ullmann, pour laisser place à un théâtre critique voir politique, avec un notable courage de la part de Kien et Ullmann qui ont écrit et composé leur œuvre dans le ghetto de Theresienstadt. C’est un théâtre qui questionne,  qui refuse la passivité du spectateur, allant  presque jusqu’à la provocation, afin de créer l’éveil par un choc salutaire. Chez l’un comme chez l’autre le traitement de la  musique, qui est aux confins du cabaret et du jazz, permet à ces œuvres de garder un pouvoir de fascination vivifiant et ludique.

 Pour créer le passage de l’illusion théâtrale à cette forme lucide d’observation  du monde sur une scène, Brecht a utilisé des moyens techniques de représentation qui permettaient d’arriver à cette distanciation qui lui était si chère. A la création du petit Mahagonny il a utilisé des écrans avec des projections et l’on sait qu’il pensait beaucoup au cinéma pour justement permettre cette distanciation. Ullmann lui utilise le hautparleur qui transforme la voix et lui retire son côté réel et quotidien pour un personnage à la fois présentateur et acteur. Pour les deux  œuvres on se trouve dans un no man’s land, dans un lieu de fantaisie,  une ville sortie de nulle part pour Mahagonny, un continent  englouti, vraisemblablement irréel,  pour l’Atlantide de Ullmann. 
  
Un studio de cinéma est lui aussi un no man’s land, un espace ouvert où tous les rêves sont possibles, où l’imagination peut se débrider à travers la création d’images ludiques ou angoissantes ; mais hors du cadre de l’objectif  on retrouve la réalité du quotidien. Ce plateau de cinéma qui sera notre cadre de jeu pour ces deux œuvres nous fera  vivre des moments de représentation mais aussi des passages filmés ou photographiés. Les images travaillées en vidéo partiront  d’un objet réel, tels que : jeux, guerre, argent, pour aller vers une abstraction qui justement ne collera pas à une réalité mais bien à un jeu d’imagination et de fantaisie.


Alita Baldi - Octobre 2009